
Il y a très longtemps, un peuple qui vivait sur une île des Amériques appelée Hayti (terre montagneuse) où Quiesqueia (grande terre)[1] Située dans l’archipel des Antilles, cette terre dont la beauté et le charme du paysage était digne d’un Pandore[2] ou d’un Eden[3] marquera à jamais l’histoire du monde par une suite d’événements avec des personnages aussi complexes les uns que les autres.
Nous sommes au XVème siècle, Constantinople, la principale porte vers l’Asie pour les européens est prise par les turcs. Alors ces distributeurs de civilisation du vieux continent jouent le tout pour le tout afin de dénicher de nouvelles issues leur offrant l’accès au Moyen-Orient pour se procurer d’épices. En ce sens, ils investissent dans les grands voyages. De son côté, le trône espagnol misa sur un amiral italien du nom de Christophe Colomb qui leur proposa un voyage pour leur compte. Parti le 3 Août 1492 du port de Palos avec 3 flottes et près de cent vingt hommes, son navire mouilla dans la baie du môle Saint-Nicolas le 6 décembre suivant.
A des milliers de kilomètres de la civilisation matérielle et prédatrice d’Europe, vert paysage, relief atypique et un tropical climat qui incite tant à n’avoir pour recours que l’ombre des grands arbres et aussi les somptueuses plages qui bornent ses limites, Colomb et les conquistadors croyaient a la découverte d’une ile et d’un peuple qui en réalité étaient juste dérobés à leur restreinte connaissance du monde. Contrairement à la réflexion occidentale, ces autochtones étaient tellement parvenus à un haut degré de civilisation, qu’ils avaient bien organisé leur société tout en divisant leur territoire en cinq royaumes. Mais malheureusement la modestie et la douceur de ces Tainos issus des Arawaks, les poussèrent à multiplier les présents de grande valeur à leurs hôtes qui nourrissaient déjà le désir de les en dépouiller.
Risquant leur vie à la recherche d’un issu pour l’épice, les voilà tomber par hasard sur un peuple qui marchait sur l’or avec nonchalance. Européens barbares et cupides, les conquistadors réduisirent les aborigènes à l’État le plus inhumain de la vie sociale qui est l’esclavage pour se procurer d’o ret faire rapidement fortune. En moins de 30 ans, ils décimèrent cette race. Pour pallier au vide, ils allèrent en Afrique recueillir des noirs à prix d’argent, ce fût le début de la traite négrière.
L’épuisement des mines poussa les espagnols à abandonner l’île pour d’autres contrées, près d’un siècle s’écoula, et le territoire resta en grande partie vacant. Un groupe d’aventuriers appelé flibustiers majoritairement français habitant l’île de la tortue entreprit des démarches auprès de la couronne française dans le but de faire main basse sur l’île. En 1640, le gouverneur général des colonies françaises mit le pied sur l’île. Les espagnols qui, voyant leur rival de toujours s’approprier de leur ancienne proie, les déclara la guerre. Celle-ci se termina par le fameux traité de Ryswick du 30 septembre 1697[4] ainsi le partie occidentale devint propriété française et l’autre représentant les 2/3 demeura espagnole.
Si à Saint-Domingue, le paradis sourit à la France pour avoir trouvé la poule aux œufs, c’est l’enfer qui grince les dents pour les pauvres fils du berceau de l’humanité dont la destinée sera de donner naissance à cette poule aux œufs d’or sous un cruel soleil qui s’accorde avec le fouet du colon pour pénaliser leur existence sur terre. De leurs petits royaumes d’Afrique à l’impitoyable réalité des champs du 27750 km2, les noirs issus de la traite ont de quoi pour haïr la vie jusqu’à se suicider pour certains. Marchandage, propos acrimonieux, cruauté atroce, six jours fermes de dur labeur, c’est là le triste sort d’un être dont la seule culpabilité est l’abondance de mélanine dans sa peau. Ainsi, les caisses de la France se gonflent à mesure que la force du nègre se dilate. Pour les français, cette prouesse économique mélangée à la splendeur de l’île lui valut le titre de “perle des Antilles”.
Un siècle et demi passa, et l’esclavage devint de plus en plus normal puisqu’à Saint-Domingue, la société devint raciste, les noirs furent au bas de l’échelle sociale, venaient ensuite les affranchis et les blancs au sommet. Après quelques tentatives de rébellion sans grand succès, on dirait que la providence divine se révéla pour les masses d’esclaves par une série de conflits assez imprudents entre les deux classes dominantes. En effet, les revendications trop radicales des deux classes dominantes vont commencer par montrer la voie de la révolte aux esclaves. Et en 1789 la révolution française et ses idées libérales accomplirent cet éveil. Plusieurs noirs émancipèrent à cette époque comme leader, mais un en particulier se fit un nom qui raisonnera à toujours dans les échos de l’histoire. Modeste, autodidacte, religieux, diplomate, homme de caractère, grand stratège, c’est le peu pour résumer un grand homme comme Toussaint Louverture. Ce premier des noirs qui battit les trois super puissances coloniales de l’époque, mit le record d’être non seulement le seul esclave à être parvenu au stade de gouverneur de Saint-Domingue, mais d’être aussi le seul à gouverner l’île entière. Déporté en France par ruse, il prononça des paroles prémonitoires que le grand Jean-Jacques Dessalines ne tarda pas à matérialiser. Aux côtés de généraux comme Christophe, Pétion, Geffrard, etc. Ce brave homme battit les troupes de Rochambeau et proclama l’Indépendance de la première république noire du monde, à Gonaïves le 1er Janvier 1804.
La reconnaissance des généraux envers Dessalines les poussa à lui confier les rênes de la nouvelle patrie, laquelle il redonna le nom d’Hayti. Copiant sur l’attitude des anciens colons qui ne travaillaient pas, les nouveaux libres se firent une mauvaise perception du concept “liberté”. C’est ainsi que la terre, seul instrument économique de l’époque fût confiée à quelques généraux, une minorité militaire et politique qui se crût au-dessus des autres. Le mécontentement de la masse combiné à l’envie du pouvoir de certains généraux aboutirent à l’assassinat de Dessalines en 1806, ce qui s’ensuit est pire, le pays est partagé par deux protagonistes à savoir, Pétion et Christophe qui se haïssent amèrement, et qui ne s’entendaient s’unir qu’à un retour imminent des français. A la mort de ces deux patriarches, en 1821, Boyer réunifia le territoire et même eût l’opportunité de gouverner l’île entière pendant 21 ans. Malheureusement, c’est lui comme chef d’état qui accepta la lourde indemnité de 90 millions de francs imposée par la France. Ce fût la paralysie économique qui affecta tous les domaines du pays. Fatigué par ce gouvernement, en 1843, le peuple lui infligea un coup d’état et regarda défiler une cohorte de gouvernements éphémères formés pour la plupart de vieillards illettrés. Pour ajouter le comble à tout cela, Faustin Soulouque se proclama empereur en vidant les caisses de l’état juste pour se vêtir comme Bonaparte à la cérémonie. Il faut dire qu’après, bon nombre de gouvernements se sont succédés sous divers constitutions. La lutte pour le pouvoir a toujours été le talon d’Achille du pays. Le peuple soutenait toujours avec véhémence un homme dans lequel il voyait le leader idéal, mais une fois au pouvoir, les relations entre cet homme et le peuple qui l’a élu passe d’amour passionné à la haine la plus cruelle. C’est ainsi en 1915, après avoir lynché le président Vilbrun Guillaume-Sam, la honte à son comble se fondit sur l’âme patriote des dignes fils de Dessalines qui regardèrent avec impuissance le débarquement des marines américaines sur le sol haïtien prétextant venir apporter de l’aide face aux nombreuses crises. Pourtant ce fût une occupation qui dura 19ans. Ayant laissé le pays en 1934, les américains formèrent une armée nationale qui s’érigèrent en principal décideur politique. L’armée place des présidents et les destitue à volonté. Ce fût une véritable chaise musicale jusqu’à ce qu’un médecin du nom de François Duvalier en 1957 vienne briguer la présidence. Ce dernier instaura une dictature et modifia la constitution lui permettant d’obtenir le pouvoir à vie avec le droit de désigner son successeur. À sa mort en 1971, il passa le flambeau à son fils Jean-Claude, un gamin âgé de seulement 18 ans. Trop s’en fût trop, le 7 Février 1986, suite à une série acharnée de protestation, le président démissionna et s’exila en France. Une cohorte de gouvernements provisoires se succédèrent avec comme auteure, l’armée. Dans cette véritable quête de l’homme idéal, un modeste prêtre du nom de Jean Bertrand Aristide électrisa les masses populaires lors de ses homélies par la qualité de ces approches politiques, et le patriotisme qu’exhalent ses analyses. Il entra dans l’histoire comme étant le premier président haïtien démocratiquement élu. Si le début de cette aventure annonçait les couleurs du progrès, le déroulement des faits anéantit tout espoir. La confiance du peuple en son charismatique leader s’évapore à mesure que ce dernier multiplie les accords express et tacites avec l’international pour rester au pouvoir. À deux reprises, il reprit le pouvoir pour n’y passer qu’une partie du mandat, et dans ces intervalles, les gouvernements éphémères ressurgirent.
Le scrutin qui s’ensuit en février 2006 accouche René Préval, ancien premier ministre d’Aristide, et aussi ancien président. Il achève son mandat, mais les problèmes de sous-développement majeurs du pays demeurent. Ce fût ensuite le tour d’un chanteur en qui le peuple voyait un nouveau visage, un dénommé Michel Martelly. Terminant son mandat en 2016, il le passe à un homme jusque-là méconnu du peuple un certain Jovenel Moise. Son discours facile séduit les masses populaires qui le votent sans réfléchir. Faisant volte-face aux franges qui ont patronné sa candidature après deux ans au pouvoir pour embrasser la cause du peuple, ils l’assassinèrent le 7 Juillet 2021 dans sa résidence personnelle. À nos jours, l’inconstitutionnalité est à son comble, le premier ministre Ariel Henry dirige le pays sur la base d’une simple annonce faite dans le moniteur, donc sans avoir officiellement prêté serment. Le pays est submergé dans un océan de crises multisectorielles. Les institutions étatiques sont quasi inexistantes. Les gangs armés soutenus par des hommes politiques apportent l’insécurité à son apogée. Les bains de sang et l’assassinat des policiers deviennent presque normaux, la jeunesse est livrée à l’immoralité sous toute forme, sous le regard indifférent des autorités concernées. L’instruction publique est en chute libre. Mais malgré tout cela, nous gardons espoir que la lumière finira par se pointer au bout du tunnel, et que Haïti redevienne le paradis qu’il fut jadis.
Ephraim Joseph _Historien
[1] THOMAS Madiou, Histoire d’Haïti tome 1, page 22
[2] Planète présentée dans le film Avatar de James Cameron, sortie en 2008
[3] Espace paradisiaque relaté dans la Bible, dans le livre de Genèse au chapitre 2
[4] JOACHIM Benoit, les racines du sous-développement en Haïti, page 20


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