Vertières ! Ô Vertières ! Lieu sacré où le cours de l’histoire fut inversé à jamais.
Comme la naissance miraculeuse du Christ a étonné plus d’un, le 18 novembre 1803, le monde a assisté à la réalisation de l’impossible : Une bande d’anciens esclaves ont livré la dernière bataille qui allait sceller la naissance d’une ère nouvelle.
À Vertières, ce n’était pas qu’un simple combat entre deux protagonistes, c’était une plaidoirie de nos ancêtres à la nature pour les générations futures. Leurs sabres avides de justice criaient : « Liberté ou la mort ». Leurs fusils ne ciblaient pas les blancs, mais plutôt l’inégalité, l’injustice et l’indicible cruauté de l’esclavage. « Plus jamais les chaînes ! Plus jamais la servitude ! »
Pelé, Michael Jordan et tant d’autres génies ont régalé le monde par leurs talents. L’humanité a salué Martin Luther King Jr et Nelson Mandela pour leur contribution incontestable dans la lutte pour le droit et la dignité des noirs. Mais qui leur a permis d’apprendre à lire, de s’élever et de défendre une cause publiquement ? La réponse est un mot de 3 syllabes : Vertières.
Suis-je le seul à remarquer que Dessalines, Capois et tous leurs frères d’arme ont subi l’ingratitude de l’humanité ? Le 18 Novembre 1803 devrait être célébré, non seulement par les haïtiens ou les noirs, mais par le monde entier. Car en ce jour, ce n’est pas seulement Haïti, mais la dignité humaine qui s’est levée et a triomphé. La cécité ségrégationniste chronique a enfin été soignée par le courage curatif d’un certain François Capois.
Aujourd’hui le monde déguste les vertus et talents des hommes de couleur, mais oublie Vertières, la mère qui a souffert les douleurs de cet enfantement. En tant qu’haïtien j’ai honte d’être appelé « fils de Capois ». Lui, qui a eu l’audace d’affronter la mort, alors que nous, nous peinons à nous lever tôt, à étudier avec rigueur, à maintenir nos rues propres. Nous avons même peur de dénoncer les exactions de nos leaders politiques.
Ces héros ont-ils souffert pour engendrer une génération aussi lâche, indécise et timide ? Ne voyons-nous pas que Vertières, en réalité, n’est pas un lieu, mais une mentalité ? Un lion ne peut enfanter des brebis. Si vraiment nous portons en nous l’ADN de la liberté, montrons donc au monde le vrai Vertières, celui qui est voilé par notre laxisme.
Dessalines et Capois ont combattu l’esclavage physique. Il nous incombe, à nous, de combattre pour la liberté mentale et morale de notre peuple. La justice nous supplie de la faire triompher une fois de plus. Frères et sœurs haïtiens, Capois nous a légué à tous son sabre, sous différentes formes. Pour certains, c’est la peinture, pour d’autres pour d’autres, la musique, le sport, la réflexion, l’éducation, l’entrepreneuriat. Chacun de nous possède en effet un sabre. Toi qui lis cet article, ton sabre est ton talent, celui que tu négliges peut-être.
Il est temps que nous abandonnons les “Rochambeau” modernes qui nous asservissent et nous maintiennent dans la paresse, pour embrasser la cause de notre pays qui est le théâtre de toutes sortes de lugubrités. En avant, chers frères et sœurs ! « Boulèt se pousyè !» « An nou montre mond lan ke Vètyè se pa yon espas, men yon mantalite. »
Si en Haïti le néocolonialisme bat son plein, il est grand temps que des néo-Capois se lèvent pour démontrer que la flamme de Vertières brûle encore.
Car Vertières est bien plus qu’un lieu : c’est une mentalité, un devoir de mémoire, un appel à la dignité, à la liberté et à l’action.
Ephraim Joseph – Historien


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